Formateurs, osez être ignorants !

J’ai pris conscience, il y a quelques temps déjà, que pour concevoir mes formations je devais me focaliser sur les apprenants et non sur les contenus. Exercice difficile qui suppose de travailler un peu sans filet au départ. On se sent tellement plus sûr de soi quand on maîtrise le contenu !
Pourtant quel bienfait pour les apprenants quand le formateur se fait confiance et/ou met son ego de côté et quitte son costume de « sachant ».

Certes, cela demande du temps au formateur (et donc de l’argent) d’investiguer sur les problèmes rencontrés par les apprenants, de faire des positionnements d’acquis, de rencontrer quelques protagonistes liés aux besoins de formation…pour pouvoir concevoir une première réponse formation. Mais on n’apporte pas un contenu à intégrer s’il n’est pas la réponse à une problématique que les apprenants (ou leur environnement) peuvent avoir.

De plus, la réponse n’est pas seulement la formation. S’il suffisait d’avaler une potion « savoirs » durant les séances de formation pour que les effets de ce breuvage engendrent des compétences, ça se saurait… L’entreprise doit aussi permettre à chacun, à l’issue de la formation, de mettre en pratique, de donner les moyens, de suivre, d’accompagner, etc., finalement de faire en sorte qu’un écosystème d’apprentissage soit mis en place pour que les savoirs acquis en formation se transforment en compétences.

Je suis récemment intervenue dans le milieu de l’industrie, secteur que je connais peu, pour former des tuteurs. J’ai joué « cartes sur table » en déclarant que je ne connaissais pas leur métier et que les experts dans la salle c’était eux ! Par contre, c’est avec plaisir que je mettais mon expertise en pédagogie et en ingénierie de formation à leur service pour les accompagner dans la conception de leur livret de tuteur. Mon rôle d' »ignorante » les a obligés à m’expliquer et à décortiquer leurs activités. Je les ai finalement aidés à passer d’experts inconscients à experts conscients (cf le cycle de l’apprentissage). J’ai récolté leurs idées, joué sur l’émulation du groupe, fait émerger des questions, tout en continuant de jouer l’ingénue. Résultat, le groupe a pu créer une ébauche de leur livret de tuteur qui sera l’outil d’accompagnement des tutorés. Je pense que ce livret ne restera pas dans un tiroir puisque c’est « leur bébé ». J’ai finalement suivi le précepte de Gandhi « Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi ».

Pour corroborer ma réflexion voici un texte de Soren KIERKEGAARD, philosophe danois (1813-1855) :

Si je veux réussir à accompagner un être vers un but précis,
je dois le chercher là où il est et commencer là justement là.
Celui qui ne sait pas faire cela, se trompe lui-même
quand il pense pouvoir aider les autres.
Pour aider un être, je dois certainement comprendre plus que lui,
mais d’abord comprendre ce qu’il comprend.
Si je n’y parviens pas, il ne sert à rien
que je sois plus capable et plus savant que lui.
Si je désire avant tout montrer ce que je sais,
c’est parce que je suis orgueilleux
et cherche à être admiré de l’autre plutôt que de l’aider.
Tout soutien commence avec humilité
devant celui que je veux accompagner ;
c’est pourquoi je dois comprendre qu’aider
n’est pas vouloir maîtriser, mais vouloir servir.
Si je n’y arrive pas
je ne puis aider l’autre.

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